Un chapitre peu glorieux de l'histoire contemporaine de notre pays

L'opération « Enfants de la grand-route » (1926-1973) constitue un chapitre peu glorieux de l'histoire contemporaine de notre pays. Clairement placée sous le signe du racisme, cette opération visait à l'éradication du mode de vie des nomades de Suisse. Des enfants yéniches ont été arrachés à leur famille pour être placés individuellement dans des familles non yéniches ou dans des établissements (homes pour enfants, maisons d'éducation, cliniques psychiatriques, prisons). On a même eu recours à des méthodes comme la stérilisation forcée.

Ce n'est qu'en 1973, suite à une campagne menée par le « Schweizerischer Beobachter », que l'oeuvre d'entraide « Enfants de la grand-route » a été dissoute.


La tentative visant à faire disparaître la population yéniche a, par bonheur, échoué. Néanmoins, l'injustice dont elle a été victime n'a toujours pas été réparée. Par ailleurs, de nombreuses questions dérangeantes subsistent encore à propos des causes de l'opération en question, de son ampleur, de sa durée, des responsabilités, des conséquences et de la réparation des torts moraux et financiers causés aux victimes. La question se pose aussi de savoir si la persécution systématique des gens du voyage (enregistrement des Tziganes) pendant la période nazie a aussi entraîné le refoulement des Sintis et des Roms qui se présentaient à la frontière.


Une commission d'étude mandatée par le DFJP suite à une pétition de « Pro Tzigania Svizzera » a présenté en 1983 un rapport intitulé « Les nomades en Suisse - Situation, problèmes, recommandations ». Elle y proposait notamment la conduite d'une étude sur les répercussions de l'opération « Enfants de la grand-route ». Par la suite, la conseillère nationale Angeline Fankhauser a déposé deux interventions allant dans le même sens, respectivement en 1984 et 1986. De son côté, le conseiller fédéral Flavio Cotti a promis, en 1990, au cours d'une interview accordée au « Schweizerischer Beobachter », une étude approfondie des événements sous leur aspect historique, juridique et sociologique. En 1992, le Conseil fédéral a décidé l'octroi d'une somme de 50 000 francs pour financer les travaux en question. En 1996, il a confié la conduite de cette étude au professeur Roger Sablonier.


Avant ces éclaircissements historiques, Alphons Egli, alors président de la Confédération, avait fait, en 1986, dans l'enceinte du Conseil national, un premier pas dans le sens d'une réparation des torts en s'excusant auprès des Yéniches pour les injustices dont ils avaient été victimes pendant près d'un demi-siècle, l'Etat ayant même aggravé leur infortune.

En 1988 et en 1992, à la demande du Conseil fédéral, le Parlement a octroyé des crédits d'un montant total de 11 millions de francs provenant des ressources générales de la Confédération pour constituer un fonds (transformé en fondation en 1991) destiné à réparer les torts subis par les enfants de la grand-route.

L'argent a été réparti avec diligence et sans complications bureaucratiques. Quelque 2000 personnes ont reçu, à titre de dédommagement, une somme comprise entre 2000 et 20 000 francs, selon le degré de gravité du cas. Chaque victime avait jusqu'au 30 juin 1992 pour présenter une demande d'indemnisation. Après avoir réparti l'argent mis à sa disposition, la commission du fonds a estimé qu'elle avait rempli son mandat. Elle a été dissoute en 1993.


En plus du fonds, on avait créé, en vertu d'un accord administratif intercantonal, une commission - la Commission des dossiers « Enfants de la grand-route » - soutenue financièrement par la Confédération, qui a déployé ses activités de 1988 à la fin 1992. Cette commission avait pour tâche d'examiner, pour le compte des autorités cantonales compétentes, s'il convenait de satisfaire les demandes de consultation des dossiers présentées par les victimes de l'ancienne oeuvre d'entraide « Enfants de la grand-route », et, si oui, dans quelle mesure. A la fin de son examen, elle a transmis, avec un préavis, les demandes aux autorités cantonales compétentes. Le dernier délai pour présenter une demande de consultation avait été fixé au 29 février 1992. La commission a reçu en tout 301 demandes de consultation des dossiers de la fondation Pro Juventute.
Par contre, jusqu'à aujourd'hui, les Yéniches n'ont toujours pas été autorisés à consulter les dossiers personnels contenus dans les archives d'établissements comme les cliniques psychiatriques ou les prisons.

(extrait d’une interpellation déposée au Conseil national par Semadeni Silva Anita le 30.04.1997)

Pro Juventute décrit  l'ancienne "Oeuvre des enfants de la grand-route" dont l'histoire débute en 1926 et perdurera jusqu'en 1973, date de sa dissolution.
Le site de Pro Juventute

 

Nouvelles révélations sur l'histoire des gens du voyage (pdf)
communiqué de presse du Fonds national suisse de la recherche scientifique; 11.12.32007