Notre histoire, qui est celle des gens du voyage en Suisse, essentiellement des Yéniches, témoigne de certaines défaillances de notre Etat de droit démocratique, par ailleurs considéré comme exemplaire. Les efforts déployés par les institutions et les autorités pour soumettre ces minorités culturelles aux normes dominantes ont conduit à leur exclusion et oppression, les mesures prises étant allées jusqu’à la stérilisation forcée et à la castration.
Entre 1926 et 1973, l’«Œuvre des enfants de la grand-route» de Pro Juventute a systématiquement enlevé les enfants des gens du voyage. Ces derniers étaient placés en familles d’accueil, en foyer, en cliniques et en institutions afin d’être sédentarisés.
Nous souffrons encore aujourd’hui des exactions du siècle passé; trop souvent, dans l’opinion publique, notre image véhiculée est négative et ne reflète en rien nos habitudes culturelles et sociales qui mériteraient d’être mises en valeur
On trouve des traces de la présence de groupes yéniches en Suisse dès le 15ème siècle.Jusqu'au 20ème siècle leur vie a été marquée par les persécutions et les expulsions d'un canton à l'autre. Avec la Constitution de 1848 ils entrent dans un système de contrôle à l'échelle nationale et sont considérés comme des apatrides. Certains Yéniches devront attendre jusqu'en 1916 pour obtenir la nationalité suisse.
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Les Yéniches suisses forment une communauté estimée entre 30 000 et 40'000 personnes. On ne dispose toutefois que d’estimations dans la mesure où de nombreux Yéniches jugent préférable de taire leur origine, marqués qu’ils sont par leur vécu douloureux. Si la grande majorité d’entre eux a aujourd'hui un mode de vie sédentaire, c’est en partie à cause de l’opération "Enfants de la grand-route", dans le cadre de laquelle plus de 600 enfants furent enlevés à leurs parents et sédentarisés de force au nom de la protection de l’enfance.
Le nomadisme demeure cependant un élément essentiel de l’identité culturelle des gens du voyage, intrinsèquement lié à l’exercice de leurs différentes activités professionnelles. Entre 3 000 et 5000 personnes continuent d’avoir un mode de vie qu’on peut caractériser de semi-nomade. Quant aux gens du voyage pas du tout sédentarisés, ils seraient au nombre de 2 500 environ selon les résultats d’une enquête réalisée en 1999 sur l’occupation des aires existantes de séjour et de transit.
La plupart des Yéniches de nationalité suisse passent l’hiver sur une aire de séjour, dans une caravane ou un petit chalet. Ils sont enregistrés auprès des autorités locales et leurs enfants vont à l’école du quartier ou du village. Tout en continuant d’exercer leurs métiers traditionnels de marchands forains, rémouleurs, vanniers et colporteurs, les Yéniches ont considérablement élargi leur champ d’activité : ils réparent et aiguisent des tondeuses à gazon et des déchiqueteuses, ils installent des plaques chauffantes, restaurent des meubles et des lampes, font le commerce de vieux métaux, de vêtements, de tapis ou d’antiquités. La plupart travaillent comme indépendants, ils sont souvent polyvalents et adaptent constamment leur offre à la demande. Pendant les mois d’été, ils se déplacent en Suisse par petits groupes, s’installent pour une à deux semaines sur une aire de séjour à partir de laquelle ils visitent leur clientèle. Pendant ce temps, les enfants restent en contact étroit avec leur école : ils se font envoyer les cours, les devoirs et les corrigés par les enseignants.
Les Tsiganes étrangers (en majorité des Roms et des Sinti de France ou d’Italie) se déplacent quant à eux par convois plus importants. Et même s’ils traversent généralement la Suisse en quelques jours seulement, leur présence n’en n’est pas moins beaucoup plus voyante, et la cohabitation avec les sédentaires se révèle souvent plus problématique.
Les Yéniches constituent le principal groupe des gens du voyage de nationalité suisse.